La richesse des sociétés
dans lesquelles domine
le mode de production
capitaliste
apparaît
comme une immense accumulation
de décombres.
L’analyse de ces déchets,
forme élémentaire
d’une telle richesse,
sera le point de départ
de nos recherches.
Notre optimisme révolutionnaire
a toujours été
soutenu
par une vision
dialectique
de l’appareil digestif
du cœur humain.
Nous avons vu Arthur Rimbaud se joindre à la Résistance palestinienne.
Nous avons vu Karl Marx revenir du camp de concentration d’Auschwitz, sans barbe, sans cheveux, aveugle, sans plus aucun espoir, marcher dans la nuit consumé par le feu comme dans un labyrinthe sans issue.
Nous avons vu Lev Trotsky suer des litres de mescal rance en écoutant à la radio le discours de Mikhaïl Gorbatchev annonçant la dissolution de l’URSS.
Nous avons retrouvé les corps de nos camarades algériens noyés dans la Seine le 17 octobre 1961 par la police ; nous avons mémorisé leurs noms et les avons gravés dans les fibres de nos voix pour les jeter, dans le cri et la fureur, à la face de nos adversaires, en première ligne.
Nous avons vu André Breton, Benjamin Péret et Paul Éluard envoyer à l’impression le premier numéro d’une revue qu’ils auraient appelée LA GUERRE CIVILE.
Nous avons retrouvé les plans utilisés en 1871 pour détruire la colonne de la place Vendôme ; nous les avons appris par cœur et nous savons déjà comment nous en inspirer.
Nous avons vu Diego Rivera remplacer le Jugement dernier par le ciel étoilé du Vietnam en 1965, rouge comme le napalm mêlé au sang de Richard Nixon ; nous l’avons vu substituer aux voûtes de la chapelle Sixtine les immeubles éventrés de Sarajevo en 1992, remplacer les tours de Notre-Dame par les colonnes criblées d’impacts du temple de Baalshamîn à Palmyre, peindre la Maison-Blanche en noir, couvrir les murs du ministère de la Justice des photographies des prisons chiliennes de 1973, coller sur les murs du Louvre les affiches de la Commune appelant le peuple à ériger des barricades, recouvrir le château de Versailles d’une immense toile représentant la décapitation de Louis XIV.
Nós vimos a derradeira fogueira de São João, o hospício de Barbacena, as pernas morenas de Madalena.
Nós encontramos o crânio de Luzia em Lagoa Santa, ossadas d’um animal amado.
Bípede assustada com a capacidade das próprias mãos: trucidar, fazer cafuné, masturbar, catar piolho.
Nós escutamos as ladainhas, o velho latim do padre, o novo inglês do pastor, o espanhol dos meninos da feira, o francês de Coconha.
Tudo isso enquanto somos deportados de Lisboa pelo velho Manuel, que nunca entendeu uma linha do poeta pátrio — o caolho sem pátria.
Nós vimos — não, sonhamos — amargos, imberbes, berberes, loucos de cachaça, que éramos lobos-guarás: o orgulho da raça.
A caça correndo atrás do caçador. Rapazes bonitos: um bibelô.
Nós encontramos os gregos, os persas, os peruanos, os porto-riquenhos, os pelegos, as putas em meio aos livros desesperados.
Estamos no Ocidente do Ocidente, nas praias, nos corais, entre os dentes.
Nós vimos Evita, perdemos Allende, descubrimos Petrarca.
Somos os bustos acéfalos dos primeiros romanos: latinos e lentos.
Somos da raça das plantas, dos povos devotos da preguiça, do charme.
Somos fetichistas, adoramos a lua, as pedras coloridas, o sexo dominical.
Somos os malucos do bairro. Os primos da fazenda.
Somos o incesto e o latifúndio.
Somos marimbondos.
Nous avons vu les âmes des 1653 femmes mutilées, dépecées et jetées en pâture aux chiens du désert de Ciudad Juarez. Elles nous ont dit qu’elles avaient déjà passé leur vie auprès des chiens, là-bas, dans les maquiladoras, dans les grands groupes internationaux pour lesquels elles travaillaient. Elles nous ont dit que les chiens capitalistes avaient toujours eu cette tendance, grossière et vulgaire, à inverser la culpabilité. Elles nous ont dit que les chiens capitalistes avaient pris un plaisir sadique à abuser de plus de 137 d’entre elles, en les violant tout en les traitant de chiennes. Elles nous ont dit qu’elles étaient plus nombreuses, qu’il y avait encore plus d’âmes en exil. Nous aurions aimé voir les âmes des plus de 2000 autres femmes encore portées disparues. Nous aurions aimé les entendre nous parler elles aussi des chiens du capital, des vrais primitifs, des sauvages réels, de ceux qui portent une chemise blanche et un attaché-case pour déguiser leur animalité, comme d’autres prennent les armes et brandissent des drapeaux comme des phallus. Nous avons vu les âmes des 1653 femmes assassinées, nous avons entendu leur chant alors qu’elles s’éloignaient en rangs. Nous les avons rejointes pour entonner à l’unisson El violador eres tú et pointer du doigt tout HOMME. Dans leurs râles, nous avons reconnu les notes d’un chant guerrier que nous ferons détonner pour voir brûler en enfer l’âme bicéphale du capitalisme et du patriarcat.
Viviamo nelle estreme periferie assetate di violenza represse dalla violenza.
Abbiamo sentito lo stridio dell’ultimo vagone dell’ultimo treno e, dopo l’ultimo bicchiere di tequila alzato in alto per dimenticare il rumore dell’ultima bomba, siamo tornati nelle nostre case, abbiamo acceso la radio e ci siamo addormentati con i nostri peggiori incubi.
Noi sempre torniamo a casa con l’odore di colla nel naso, con le mani inzuppate di collera per la guerra, con la voce rauca a forza di gridare la rivoluzione permanente.
Abbiamo visto gente che balla se fuori esplode il mondo, gente che sogna ancora il cambiamento permanente, l’ottemperanza al culto magico della finzione, la caduta delle unghie che vuol dire semi piantati nella terra.
Abbiamo trovato un bitcoin sul Pont des Arts e l’abbiamo calciato nella Senna, ci siamo rituffati per recuperarlo e come Sisifo gettato all’infinito fino a fargli perdere ogni valore morale, ogni dignità, ogni cifra prima della virgola, che è l’esponenziale infinità del numero dei morti che verranno.
Abbiamo abboccato le vostre tregue ma non ci abbiamo mai creduto perché, se dovete fingere, noi ve lo diciamo con voce permanente: niente tregua fino a quando non vi avremo calpestati coi nostri sandali.
Nous avons joué les accords de l’azote liquide sur un grand saz en bois de rose et ça ne suffira jamais.
Nous avons pris Parthénope et Phocée pour des amants imprévisibles.
Nous avons vu le sang, sur le bord des billets de banque. La daronne hébétée.
Nous avons vu la confiture de gens. Il nous a fallu leur répondre «de l’or dans les mains, oui, tout à fait» sans jamais manger leur visage.
Nous nous sommes vu réduire par métonymie.
Nous avons entendu les saveurs laisser place à des succédanés, discrets sans sommations.
Nous avons trouvé notre passé dilué dans le présent des autres et c’était pas prévu.
Nous avons bien écouté les conseils de la tante Kroupskaïa. Nous n’en dévierons pas, même pour cinq mille mètres carrés de chevaux morts.
Nous hantons
comme un spectre
les égouts
du vieux monde.
Les souterrains
seront
notre Palais d’Hiver.



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