// DÉCLARATION
Quand on dit : bienvenus en France
l’odeur de poudre
resplendit
comme mille soleils
sur une plage palestinienne
on n’a qu’une chose à dire :
frère immigré,
ne nous laisse pas
tous seuls
avec les Français.
Un monde immonde
nous n’en voulons pas,
un coeur qui pulse
inégalment
nous n’en voulons pas,
une source pacifique non plus.
Un seul hurlement,
un cri
pour l’esclavage
de l’âme,
est ce que nous remettons
aux peaux sans couleur,
aux nationalités non déclarées.
Car l’évidence a toujours été
la même :
rien n’est rien,
même un pays n’est rien
si un seul d’entre nous ne l’accepte pas.
Nous nous méfions alors de vous,
de vos déclarations
de non-paix,
nous savons que vous savez
que nous savons
que vous savez
que nous n’avons plus de patience
pour la malveillance inconditionnée,
conditionnée
par un prix sur nos têtes,
oui,
sur nos têtes
et sur vos têtes peureuses
des niveaux de frontières.
Nous crions que l’égalité a toujours été la même :
PAS DE DRAPEAUX SUR NOS TÊTES.
Ce que vous nommez attractivité internationale,
nous l’appellerons CROISADE.
Si vous nommez votre éducation nationale,
nous désapprendrons l’alphabet,
inventerons de nouveaux mots,
mélangerons les chiffres de l’équation
qui démontre l’inexistence mathématique de Dieu,
de la patrie,
de la famille,
nous chanterons L’INTERNATIONALE
lorsque nous envahirons les cantines
où le poulet s’étouffe entre les pâtes bouillies et les antibiotiques,
les salles de cours amiantées
où nous tomberons amoureux
où nous lirons les anthologies des poètes diasporiques
et où nous baiserons jusqu’à ce que vous aussi vous vous mélangiez
à nous,
dans notre orgie internationale et anthropophage
où les langues glissent dans les langues
et la sève enracine les branches de nos pieds
dans l’engrenage du désir où
JE EST UN AUTRE
étranger.
*
// ACCUSATION
Le Groupe Surréaliste en Clandestinité invite toute personne à s’opposer, par les moyens qui lui sembleront les plus appropriés, à la généralisation des frais d’inscription différenciés pour les étudiant·es extra-européen·nes.
(Une pétition a néanmoins été lancée sur le site de l’Assemblée nationale : Pétition n°5865 de l’Assemblée nationale)
Sous couvert de renforcer l’attractivité internationale de la France, la stratégie Bienvenue en France a instauré une augmentation massive des frais d’inscription pour les étudiant·es non européen·nes, les multipliant par quinze.
Ainsi, les étudiant·es extracommunautaires devront s’acquitter de 2 895 € par an en licence et de 3 941 € en master, contre respectivement 170 € et 243 € pour les autres étudiant·es.
Sous le vocabulaire managérial de « l’excellence », de la « compétitivité » et du « rayonnement », une même logique est à l’œuvre : trier, sélectionner, exclure. Transformer le savoir en marchandise. Réserver l’université à celles et ceux qui peuvent en payer le prix d’entrée.
Nous refusons qu’un passeport et un compte bancaire décident de l’accès à l’enseignement supérieur.
Contre les frontières.
Contre l’université-marché.
Pour la circulation libre des savoirs, des rêves et des êtres humains. SINON LA LUTTE DES CLASSES RENVERSERA LES TABLES DE VOS CLASSES.



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