QUITTER L’ÉPOQUE CONTEMPORAINE // RUPTURE INAUGURALE // 17 OCTOBRE 2026

Le Surréalisme va de l’avant, à la fois protégé et exposé par la passion qui l’anime et qui reste sa première et principale constante. Cette passion dont le caractère ne saurait prêter à équivoque – passion subversive en effet, et non sacrificielle, faite pour le déchaînement de l’homme et non pour son hypocrite et infâme “ rachat ” – ne s’est pas démentie un instant à travers les épreuves et garantit, mieux qu’un long propos, la part qu’assume le Surréalisme dans la révolution permanente des hommes et des choses dont il n’est pas séparable.

C’est dans la mesure où il demande à la Révolution d’englober l’ensemble de l’homme, de ne pas en concevoir la libération sous tel rapport particulier mais bien sous tous ses aspects à la fois, que le Surréalisme se déclare seul qualifié pour jeter dans la balance les forces dont il s’est fait le prospecteur, puis le conducteur merveilleusement magnétique, – de la femme-enfant à l’humour noir, du hasard objectif à la volonté de mythe. Ces forces ont pour lieu électif l’amour inconditionné, bouleversant et fou qui seul permet à l’homme de vivre à compas ouvert, d’évoluer selon des dimensions psychologiques nouvelles.

Une fois prospectées, une fois mises en état de se joindre et de s’exalter l’une l’autre, ces forces ont quelque chance de concilier enfin la finalité humaine et la causalité universelle. Elles s’inscrivent en marge, elles participent des progrès des disciplines les plus avancées de notre temps auxquelles nous devons une géométrie non-euclidienne, une physique non-maxwellienne, une biologie non-pasteurienne, une mécanique non-newtonienne, – disciplines à leur tour solidaires d’une logique non-aristotélicienne et de cette morale non-mosaïque en élaboration à laquelle nous en appelons impérieusement pour déjouer l’invivable.

Ce n’est pas d’hier, croyons-nous, que retentissent au plus profond de l’homme, la clameur de Rimbaud à l’égard de la vie, le mot d’ordre de Marx à l’égard du monde. Mais depuis que la démarche raisonnable et rationnelle de la conscience a pris le pas sur la démarche passionnée de l’inconscient, c’est-à-dire depuis que le dernier des mythes s’est figé dans une mystification délibérée, le secret semble s’être perdu qui permettait de connaître et d’agir, – d’agir sans aliéner l’acquis de la connaissance. Il est l’heure de promouvoir un mythe nouveau propre à entraîner l’homme vers l’étape ultérieure de sa destination finale.

Cette entreprise est spécifiquement celle du Surréalisme. Elle est son grand rendez-vous avec l’Histoire.

Le rêve et la révolution sont faits pour pactiser, non pour s’exclure. Rêver la Révolution, ce n’est pas y renoncer, mais la faire doublement et sans réserves mentales.

Déjouer l’invivable, ce n’est pas fuir la vie, mais s’y précipiter totalement et sans retour.

LE SURRÉALISME EST CE QUI SERA

RUPTURE INAUGURALE, 1947

Adolphe Acker, Sarane Alexandrian, Maurice Baskine, Hans Bellmer, Joë Bousquet, Francis Bouvet, Victor Brauner, André Breton, Serge Bricianer, Roger Brielle, Jean Brun, Gaston Criel, Antonio Dacosta, Pierre Cuvillier, Frédéric Delanglade, Pierre Demarne, Matta Echaurren, Marcelle et Jean Ferry, Guy Gillequin, Henry Goetz, Arthur Harfaux, Heisler, Georges Henein, Maurice Henry, Jacques Hérold, Marcel Jean, Nadine Kraïnik, Jerzy Kujawski, Robert Lebel, Pierre Mabille, Jehan Mayoux, Francis Meunier, Robert Michelet, Nora Mitrani, Henri Parisot, Henri Pastoureau, Guy Péchenard, Candido Costa Pinto, Gaston Puel, René Renne, Jean-Paul Riopelle, Stanislas Rodanski, N. et H. Seigle, Claude Tarnaud, Toyen, Isabelle et Patrick Waldberg, Ramsès Younane.

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