// L’HIVER DES POÈTES

S’il est vrai que l’hirondelle n’annonce pas le printemps,

le poète ne s’en chargera pas non plus.

L’hiver invente

l’hirondelle

lorsque le poète dort

ou mange

ou se promène dans le parc en vérifiant

si, sous ses pieds, la terre est encore bien là

ou si s’ouvre déjà l’enfer

ou quelque chose qui ressemble à l’enfer,

une fête où le poète se déguise

en chien

obéissant,

qui ronge les os

pisse des fleurs

et pète des vers.

S’il est faux que le printemps réveille les hirondelles

qu’en est-il du mensonge de vos rimes

du culte barbare de l’enjabement

de la répétition du pollen

que tout le monde sait capable de nous faire tousser ?

Rien n’est plus régulier que votre présence printanière

tel un fidèle qui profite de la messe de Noël

assis au premier rang, les genoux pliés,

pour s’absoudre du péché originel.

S’il est vrai qu’au printemps prochain

le coq chantera 7 fois

que l’hirondelle annoncera 

l’anéantissement de l’espèce humaine

que l’arbre se fera cercueil

que la fleur sera tumeur

que les vers deviendront vers

au rythme des prières 

d’insérer 

à la fin de l’hiver

mer des

poètes 

l’âme où râla 

la vie.

S’il est faux que l’homme n’a plus de retenue

comment justifier la création

d’une manifestation si singulière ?

Pas d’hirondelle, plutôt des corbeaux

pour la nuit d’un poète qui s’éclate

au fond d’un bar

d’un PMU

verre à la main

à cracher sur le trottoir

à anéantir sa lassitude

à regarder le carnet où il a écrit :

aujourd’hui, et encore pour longtemps,

je n’en ai rien à faire des hirondelles.

Comme le corbeau

le poète se dégage quand il le veut

et non quand quelqu’un a décidé

que c’est sa fête

sa mer

des vers

les plus pourris du système.

C’est le système qui utilise

la saison

mais la saison n’a pas besoin

du système.

Le regard vers le ciel

est le même que celui jeté par terre :

cracher sur le trottoir

pour apprécier un nouveau profil

dans la flaque.

L’hiver arrive 

Poètes

brûlez 

vos papiers

ou

donnez-leur

la forme de la tempête.

*

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