Dans le Deuxième Manifeste du Surréalisme (1930), André Breton écrivait : « Tout est à faire, tous les moyens sont bons à employer pour ruiner les idées de famille, de patrie, de religion ».
Nous assistons, de nos jours, à une vague de mouvements religieux à coloration fasciste, qui fusionnent, dans un breuvage empoisonné, dieu, la famille et la patrie.
En 1948, les surréalistes signaient un texte collectif intitulé “A la niche les glapisseurs de dieu“. Ce document, rédigé en grande partie par Henri Pastoureau, dénonçait les tentatives de récupération du Surréalisme à des fins de justification de la théologie chrétienne, au prétexte que l’athéisme serait encore une façon de reconnaitre la divinité.
Aujourd’hui nous ne sommes plus confrontés à des roquets qui aboient, mais à des chiens enragés qui mordent. Cave canem dei : gare aux chiens de dieu ! Cet animal dangereux, le fascisme religieux, se manifeste sous différentes formes, mais il a certaines caractéristiques communes : le fanatisme, l’intolérance, la misogynie, l’homophobie, la haine de la gauche et la persécution des minorités (ethniques ou religieuses), le “patriotisme” xénophobe, l’autoritarisme, le culte du chef. Mais son trait décisif c’est l’exterminisme, la volonté de massacrer l’”autre”, sans distinction d’âge ou de sexe. Un exemple récent illustre ce trait du fascisme religieux : le pogrom anti-sémite du Hamas le 7 octobre 2023, suivi du génocide contre les Palestiniens promu par le gouvernement fasciste religieux d’Israël.
On trouve ces “chiens de dieu” dans toutes les confessions. Parmi les plus enragés on peut citer les djihadistes affiliés à l’État islamique, les “sionistes religieux” comme (le Ministre israélien) Itamar Ben Gvir, les néo-pentecostaux qui ont soutenu Jair Bolsonaro au Brésil et Donald Trump aux Etats Unis, J.D. Vance, le vice-président catho-fasciste des USA. On pourrait allonger la liste, elle est très riche en phénomènes monstrueux.
Certes, on trouve des figures ou des mouvements religieux d’inspiration émancipatrice, depuis les hérésies médiévales et Thomas Münzer jusqu’à la Rose Blanche anti-nazie ou la théologie de la libération latino-américaine. Sans oublier ceux que Ernst Bloch désignait comme “la gauche aristotélicienne”, les philosophes musulmans Averroes (Ibn Rushd) et Avicenne (Ibn Sina). Le fascisme religieux, qui aujourd’hui envahit toute la planète, est aux antipodes de ces tentatives, souvent désavouées par les Églises.
Mais rien n’est aussi radicalement opposé, aussi profondément hostile au fascisme religieux, point par point et poing par poing, que le surréalisme. Au culte fasciste de la famille, il oppose l’amour fou; au nationalisme chauvin et “patriotique”, l’internationalisme communiste; au militarisme, le droit à la désertion; au fanatisme religieux, l’athéisme matérialiste; au culte de l’autorité, la révolte libertaire; aux dogmes confessionnels, le pouvoir subversif de l’imagination, à la récitation des prières, l’alchimie érotique du verbe; aux saintes écritures, les sciences occultes profanes; à l’adoration de dieu, le blasphème.
Cave canem dei. On ne peut pas se contenter d’envoyer ces chiens de dieu à la niche. Que faire ?
Écrasez l’infâme ! Plus que jamais, le surréalisme reprend à son compte ce cri des penseurs de Lumières face à l’obscurantisme religieux. L’infâmie a atteint, avec les enragés du fascisme religieux, des sommets impressionnants.
La riposte se doit d’être à la hauteur du défi.
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CAVE CANEM DEI // MICHAEL LÖWY (pdf)


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