Groupe Surréaliste en Clandestinnité / Groupe Volodia / Michael Löwy
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Le 23 octobre 2025, dans le cadre de l’exposition Echo Delay Reverb : Art américain, pensées francophones — dédiée à la réception des réflexions menées par la French Theory dans l’art américain — l’artiste Cameron Rowland a installé sur la façade du Palais de Tokyo le drapeau rouge-vert-noir de la Martinique, en substituant ainsi le drapeau français à l’entrée du musée.
L’œuvre, intitulée Replacement (2025), interroge l’héritage colonial français, la domination étatique et les luttes pour la souveraineté ultramarine.
Moins de vingt-quatre heures après sa mise en place, l’installation a été retirée par la direction du Palais de Tokyo. Le musée a évoqué un « risque d’illégalité », s’appuyant sur une note administrative émise en septembre 2025 par le ministère de l’Intérieur concernant le pavoisement des établissements publics, selon laquelle seule la bannière tricolore serait admise.
Ce retrait s’inscrit dans la continuité des pressions exercées par le ministère de l’Intérieur, qui ont visé à empêcher l’exposition du drapeau de la Palestine sur les frontons de mairies après sa reconnaissance par l’État français. Ce type de décision révèle une discrimination politique manifeste dans le traitement des symboles sur la scène publique et culturelle : la même vigilance ne semble pas exercée, par exemple, avec le drapeau ukrainien.
Le « risque d’illégalité » évoqué par la direction du Palais de Tokyo nous semble d’autant plus absurde que — il faut le rappeler — le drapeau rouge-vert-noir utilisé par Cameron Rowland a été officiellement adopté en Martinique en 2023.
Le choix du Palais de Tokyo de démonter l’installation de Cameron Rowland est d’autant plus incohérent que l’œuvre était décrite et présentée dans la section de l’exposition intitulée La critique des institutions qui s’ouvre sur une note d’introduction affichée au mur qui rappelle précisément au public l’influence majeure qu’a eue le structuralisme dans la critique du fonctionnement des institutions. On y souligne que, dans le cadre des contre-cultures américaines des années 1960, on voit émerger « des artistes qui se politisent, formulent des demandes de réforme aux musées afin de prendre en compte les inégalités de race, de genre et de classe ».
Il nous semble évident que le retrait de l’installation de Cameron Rowland constitue une contradiction manifeste et une faute majeure pour une institution culturelle qui se veut ouverte au questionnement critique. Cela met en lumière la fragilité de la liberté artistique en France en 2025.
Pour l’ensemble de ces raisons, nous demandons au Palais de Tokyo d’installer à nouveau l’œuvre
Replacement de Cameron Rowland dans son intégralité, telle qu’elle a été conçue par l’artiste, avec le drapeau martiniquais hissé à son emplacement initial, c’est-à-dire sur la façade du Palais de Tokyo.
Nous invitons toutes les personnes concernées — artistes, chercheurs, citoyens, militants, lecteurs — à signer cette pétition, à la diffuser largement et à rejoindre le débat.
Comme l’a écrit Pierre Bourdieu (dans une citation elle aussi reprise sur l’un des murs de l’exposition), « Il faut que les artistes, les écrivains et les savants qui ont en dépôt certains des acquis les plus rares de l’histoire humaine apprennent à se servir contre l’État de la liberté que leur assure l’État ».
Nous sommes prêts.
Signataires :
Groupe Surréaliste en Clandestinité
Groupe Volodia
Michael Löwy
Paris, le 9 novembre 2025



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