
Je m’appelle Kvicha Kvaratshkelia, mais tout le monde me connaît aussi sous le nom de Vladimir Vladimirovitch Maïakovski.
D’après ce qu’on rapporte dans les soixante-cinq volumes de la Grande Encyclopédie Soviétique, la Sovetskaïa Entsiklopedia, où mon nom apparaît pas moins de 1987 fois, figurant non seulement dans la section consacrée à l’histoire littéraire, mais aussi dans celles de philosophie, de linguistique générale, de physique quantique, ainsi que dans celle dédiée aux théoriciens du courant futuriste du marxisme-léninisme, je suis le plus grand poète géorgien de ma génération, surpassé uniquement par Iossif Vissarionovitch Djougachvili, celui à qui le père fondateur de notre patrie littéraire, Ilia Tchavtchavadze, avait attribué l’hétéronyme de « L’homme aux vers d’acier », STALINE.
Très vite, dès mon plus jeune âge, j’ai compris que j’avais le vif-argent dans le sang et qu’il devait nécessairement être mis au service de la révolution. La première fois que j’ai traversé une pelouse, j’ai su que la poèsie était un terrain miné où, à chaque pas, tout pouvait exploser et t’arracher à la vie, et alors, je me rappelle encore de cette première fois, je n’avais pas seulement commencé à courir jusqu’à perdre haleine pour rejoindre l’autre extremité du camp adverse, non, j’avais commencé à courir et à dribbler l’un après l’autre tous les ennemis qui se mettaient en travers de ma route, chaque ennemi qui s’interposait entre moi et le premier postulat de la cause révolutionnaire : l’alliance entre Rimbaud et Marx – changer la vie, transformer le monde. Mais sur ce point, et c’est là toute la différence avec la ligne des camarades Oulianov, Djougachvili et Bronstein, la Révolution, pour moi, n’était pas une métaphore ou une variation des mouvements de l’esprit, non, la Révolution était une physique qui concernait le mouvement des corps, des tissus musculaires et leurs interconnexion avec les fibres nerveuses, tout comme la Poésie, oui, mais une Poésie qui agissait en clandestinité, dans les souterrains de nos vies, dans les souterrains des palais, dans les souterrains des villes, dans les profondeurs des océans, dans les viscères des yeux qui, attaquant le ciel, déflagrent pour faire revenir sur Terre tous les morts, tous les disparus, tous les martyrs, tous les parjures, se dire tous ensemble qu’il n’y a pas d’alternative à ce monde et que nous tous devons agir pour attaquer l’Ordre. Oui, tout poète est un révolutionnaire et tout révolutionnaire est un poète, mais cela ne suffit pas. Je le répete, il faut que la poésie soit clandestine pour que la Révolution existe, il faut être à la fois fantômes et diables, saints et ressuscités, hanter les nuits et parcourir le monde comme s’il était un vaste terrain miné à traverser le souffle coupé mais vif, en dribblant les ennemis l’un après l’autre, avoir le vif-argent et de la dynamite dans les poches et les serrer du poing à chaque pas. Le poète clandestin sera cagoulé ou ne sera pas. La poésie en clandestinité, c’est un soulèvement, un acte de violence par lequel une réalité en renverse une autre. Nous, poètes clandestins, partirons aux quatre coins du monde, soldats de l’impossible, arrachant aux murs délabrés la Poésie et les affiches comme un drapeau flottant. Moi, Kvicha Kvaratshkelia, aussi connu sous le pseudonyme de Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, déclare que la poésie n’a pas à intervenir dans le monde autrement que par son action clandestine, quitte aux poètes à participer en tant que révolutionaires à la déroute de l’adversaire par des méthodes clandestines. Nous n’arpenterons plus les champs de bataille, nous les relierons au soleil. Nous n’arpenterons plus les mots, nous les ferons déflagrer. Nous n’arpenterons plus les murs, nous en ferons des cages pour tirer nos coups francs. Nous nous ferons nomades. Allez camarades ! On n’a pas encore dit le dernier mot !
NOUS SERONS L’ÉTINCELLE QUI CHERCHE LA POUDRIÈRE.
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